vendredi 11 avril 2003

Ami qui passe dans cette bibliothèque où L. se repose, viens lire ces quelques lignes. Le tumulte d'une écriture bouillonnante qui au détour d'une phrase touche en plein coeurest une des nombreuses qualités de ce magnifique passage du livre de Wolfe. Laissez-vous emporter, tout comme L., même si vous ne connaissez ni l'histoire ou les personnages..







L. continua à lire.....





Tournant chaque page comme si...



c'était lui qui ressentait..



les tourments des âmes égarés ...



que nous sommes tous....










Le voyage peut être aussi un exil. Il y a des endroits que l'on connaît, que l'on aime car on y vit. On y a ses amis, ses habitudes, ses petits raccourcis, ses mêmes visages familiers. Bref, son univers. Et puis vous retire de cet univers. On vous exile au loin et vous ne savez si vous reviendrez un jour. Le voyage continuera ici, dans ce monde qui n'existe pas à moins de le faire vivre.

Mais qu'en sera-t-il dans la vraie vie? C'est donc terminé pour moi. Je dois me préparer à dire un long "au revoir" à ma ville...

J'aimerai trouver une citation ou un petit poème mais rien ne me vient à l'esprit.



Le silence d'un endroit que l'on quitte...

jeudi 10 avril 2003

L. marchait dans un vieux château qui était apparu devant lui. A l'intérieur, il n'y avait que ruine et désolation. Les habitants avaient du fuir assez rapidement. Ils avaient tout emporté dans leur fuite.

L. allait quitter l'endroit quand il s'engagea dans un dernier corridor jalonné de portaits. Devant lui se trouvait une porte ouvragée dont il poussa les lourds battants...




Il découvrit alors une immense bibliothèque. Des heures et des heures de plaisir étaient là à le contempler. Etrange pièce dans cet endroit désert. Comme si chacun en avait oublié jusqu'à son existence..Aucune trace de passage ou de vie ne semblait avoir perturbé les différents niveaux qui se couvraient doucement de poussière. Un gigantesque vitrail de verre clair illuminait la pièce et se concentrait plus particulièrement sur une longue et massive table en chêne. Alors qu'il s'approchait d'elle, ses pas résonnaient dans la pièce et s'envolaient vers les voûtes peintes dont il discernait avec peine les motifs. Un fauteuil moelleux, à côté d'un planisphère ouvragé se trouvait au bout de cette table. Un livre était posé dessus.



Il lut la couverture: L'ange exilé, de Thomas Wolfe.

Une statue regardant vers le ciel constituait l'illustration du livre. Il le retourna et lut:



Roman du déchirement et de la nostalgie, de la solitude et du nombre, de la sensualité et de l'imagination[......] L'histoire du jeune Eugene Gant, en conflit permanent avec une famille tumultueuse, une bougade étriquée, un univers changeant et problématique.[...] L'ange exilé a la sombre densité de l'âme sudiste, le lyrisme de la vision romantique, la richesse inventive de la grande littérature.






La nuit était jeune. Le fauteuil était confortable. L. prit le livre et commença à le lire.

lundi 7 avril 2003

Et j'aime raconter des histoires........
Une histoire, n'est ce pas le plus beau des voyages? Sans cesse différent mais pourtant toujours le même. Une histoire, c'est l'esprit qui s'évade, qui s'envole pour un temps (que ce soit soit un instant, une nuit ou une vie....).Il quitte notre bas monde pour un endroit où tout peut arriver, sans contrainte. Tout y possible. Tout y est plus grand, plus fort; que ce soit dans l'allégresse ou dans la tristesse. Il n'y a aucune limite.



Si ce n'est l'histoire elle-même......

dimanche 6 avril 2003

Je reprends donc ma route, bien réelle celle là pour mes deux jours en dehors du temps et de l'espce civilisé. C'est fou comme on s'habitue à son confort..; Alors que je laisse L; pendant quelques jours, voici ce que dépose près d'un arbre et qu'il trouvera:



La tribu prophétique aux prunelles ardentes

Hier s'est mise en route, emportant ses petits

Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits

Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.



Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes

Le long des chariots où les leurs sont blottis,

Promenant sur le ciel des yeux appesantis

Par le morne regret des chimères absentes.



Du fond de son réduit sablonneux le grillon,

Les regardant passer, redouble sa chanson ;

Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,



Fait couler le rocher et fleurir le désert

Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert

L'empire familier des ténèbres futures.




Je vous laisse à la frontière de mon réel et de l'imaginaire

samedi 5 avril 2003

So we beat on, boats against the current, borne back ceaselessly into the past...



L. n'avait pas la traduction précise. Il avait trouvé sous une pierre cette phrase que Francis Scott Fitzgerald écrivit pour clôturer Gatsby le magnifique. Dans le grand pays qu'il parcourait, L. n'avait pas encore trouvé de bibliothèque (même s'il aurait pu en faire apparaître une par sa simple pensée). Il ne savait ce qu'en avait des plus érudits que lui. Mais à peu de choses près, cela signifie ceci:



Nous avançons tous, esquifs à contre-courant, constamment repoussés vers le passé.....



Il mit donc ces mots dans son paquetage ainsi que dans un coin de son esprit et continua sa route....

Les ténèbres familières le protégeaient alors qu’il parlait avec lui. A chaque mot qu’il prononçait il sentait les chaînes du passé se briser. Là où il attendait la douleur, apparaissaient le calme et la sérénité, alors qu’il réalisait enfin.

Le fantôme n’était pas venu là pour le hanter mais pour être libéré.



Lui : je veux que l’on soit toujours ensemble, qu’il n’y ait plus rien après nous, je veux que l’on ait des enfants et que l’on vieillisse côte à côte.

Elle : moi aussi…




Lorsqu’un monde s’effondre, la poussière et les débris sont constitués de souvenirs aussi tranchants que le verre. Chaque moment, chaque instant partagé à se créer un univers deviennent après le cataclysme autant d’épines dans le cœur.

La belle promenade sur la plage laisse place à une émotion froide quand une odeur, un rire, un mouvement font replonger en arrière. Une expression, une lumière, un objet étaient autant de remous surgis du plus profond de L. Son présent était hanté et n’existait pas. Il survivait à son passé.



Elle : je veux que l’on se sépare.

Lui : mais pourquoi ?

Elle : parce que, parce que je ne suis plus amoureuse de toi






L. était submergé car il se rendait compte que c’était un adieu. Cette discussion tant redoutée n’était plus faite de mots mais de souvenirs. Elle était le véritable épilogue de cette histoire. Bien sur, la fin n’était pas celle qu’il avait imaginée et encore moins souhaitée. Elle avait été faite de bruit et de fureur. L. n’ignorait pas que si chacun peut écrire le début d’une histoire, la fin n’appartient à personne, si ce n’est à l’histoire elle-même.



Dans le calme de cette nuit chaude, il n’y avait plus d’éclats. Le fantôme lui donnait ses souvenirs et L. le nourrissait de ses émotions.



Une tristesse qu’il ne soupçonnait pas l’envahit, remplaçant la douleur. Cette douleur muait, s’apaisait sous la lune naissante. Quelque part, il comprenait. L. réalisait que ce n’était pas elle, que ce n’était plus avec elle que son chemin continuerait. Elle qui avait été son présent et son avenir glissait inexorablement dans son passé, à chaque mot, à chaque phrase, à chaque larme. Son souvenir se figeait peu à peu, pour rejoindre une longue galerie de fantômes. Il savait qu’elle aurait toujours une place à part dans cette bouteille de souvenirs et cette pensée lui fit chaud au cœur.…..



Combien de temps cela dura-t-il ? Que se dirent-ils durant ce denier adieu ? Tout cela ami lecteur, passager d’un moment, compagnon de route, cela n’appartient qu’à L. et à son fantôme. Et c'est enfin en paix, mais commençant leur deuil que nous les laissons pour ce soir.



Qu'ils puissent bien vite trouver le repos.


vendredi 4 avril 2003

Il était là devant lui. Il avait longtemps fui mais il savait qu’il allait devoir l’affronter. Lui qui lui avait causé tant de peines, qui l’avait tant fait souffrir était à présent devant lui. Son cœur se serrait alors qu’il s’approchait de ce spectre effrayant. L’être ne bougeait pas. Blafard et translucide, il semblait danser une étrange gigue dont la lenteur était presque hypnotique.

Comment deux personnes qui s’aiment ont ils pu en arriver là ?se demanda L.. Comment deux personnes qui s’étaient tout promis en étaient arrivé à se fuir comme des étrangers. Le vent venait de se lever et le fantôme s’approcha de lui



Elle: C’est à qui ce livre de PKD ?

Lui : Tu connais PKD ?




L. fut transpercé. Ce souvenir du passé, non pas enfoui mais caché dans un coin de son esprit venait de réapparaître. Telle une boite de Pandore dont le couvercle venait de se soulever malgré lui, il sentit s’enfuir tous ses souvenirs, dans une explosion de douleur sans qu’il ne puisse en rattraper un seul. En s’enfuyant il les perdait, en s’enfuyant ils n’étaient plus réconfort mais tourment. Désespérément, il tenta d’en conserver quelques uns mais tous le fuyaient, cherchant une liberté trop longtemps refusée.. Ces deux phrases, ces deux phrases aussi banales que lointaines ne cessaient de résonner en lui. Ces deux phrases étaient les toutes premières qu’ils s’étaient échangées. Ce premier échange qui marqua le début de leur vie commune. Qui bien des années plus tard s’achèverait dans la désolation.



Elle : On se reverra mercredi prochain

Lui : Sûrement.




Alors qu’il s’approchait de lui, L. était pétrifié….


mercredi 2 avril 2003

Où était donc L. ? Il marchait sur une colline éclairée de bleu par la lune et ciel. Il contemplait les étoiles et se rappelait ce poème :



Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;

Mon paletot soudain devenait idéal;

J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal;

Oh! là là! que d'amours splendides j'ai rêvées!

Mon unique culotte avait un large trou.

Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course

Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.

Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,

Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes

De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,

Comme des lyres, je tirais les élastiques

De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!




Puis soudainement tout s’arrêta. Tout devint noir. Comme si la nuit s’était éteinte. Les étoiles avaient fui le ciel. Le vent s’était figé. L. était seul. Seul face à lui-même. Seul face au fantôme qui venait enfin de le rattraper