mercredi 30 avril 2003

" Viens, Roméo, viens : tu feras le jour de la nuit, quand tu arriveras sur les ailes de la nuit ;

viens, chère nuit au front noir, donne-moi mon Roméo, et, quand il sera mort,

prends-le et coupe-le en petites étoiles,

et il rendra la face du ciel si splendide

que tout l'univers sera amoureux de la nuit

et refusera son culte à l'aveuglant soleil... "

L. marchait, pensif.

Autour de lui les nuages s'étaient arrêtés et le vent retenait son souffle.

Comment faire? Comment faire?

Il doit y avoir une solution.

Comment faire pour aider ceux qui souffrent autour de lui? C'est une question si vaste et effrayante.

Quelle grande injustice. Faire du mal à quelqu'un est si aisé, si facile. Il suffit de lui dire une parole vexante et le tour est joué. le mal est fait, aussi simplement que cela. Mais aider, faire du bien à quelqu'un est tellement plus difficile. L'enfer n'est il pas pavé de bonnes intentions? Toute bonne action ne trouve-t-elle pas toujours sa punition? Quel incroyable et déséspérant déséquilibre.



"Ce sont ceux qui nous sont le plus proche qui nous échappent le plus" disait Norman Maclean. Que l'on repousse la main tendue ou que les mots ne puissent être trouvés il est si dur de trouver l'équilibre précaire qui fait que celui qui souffre soit soulagé. Mais npous pouvons aimer sans comprendre.

Il avait raison, mille fois raisons.

L. ne faisait que marcher, ruminant son impuissance devant cet état de fait. Son monde s'était effondré à cause de cela. Autour de lui, quand il passait le miroir, il voyait cette détresse en de nombreux endroits. Il voualit aider, fidèle à son code. Il faisait de son mieux. Mais hélas, et c'était l'ultime leçon: le mieux n'est pas toujours suffisant. Et il est parfois l'ennemi du bien.

mardi 29 avril 2003

Etrange destin que celui de ce cabas bleu en plastique. Un bleu tout moche et un cabas avec ses grosses mailles de plastique pour porter ses poireaux. Un objet moche et ridicule, qui ne porte en lui aucun rêve. Les poignées de plastique qui vous coupait les mains ont été toutes mordues de surcroît.

Et pourtant. Dans une autre vie, L. se rappelle l’avoir trouvé sur une plage lors d’une promenade romantique. Il l’avaient gardé, ce pauvre sac venant d’on ne sait où, et déposé par la mer.



Puis il servit de refuge pour un chat tout gris, ce cabas bleu. Il se mit même à en mordiller les anses alors qu’il passait des heures dedans, au garde à vous, poste d’observation et abri idéaux selon l’association des chats d’appartement.

Puis le temps a passé et il s’est retrouvé dans une cave.

Puis, hier, après plusieurs années passés dans cette cave, il a été déposé sur un trottoir et emmené par d’autres. Nul ne sait vers quel destin mais si on en parlait à un chat il répondrait qu’on ne reverrait plus une cachette comme ça avant longtemps…



Un cabas bleu tout moche qui ne portait en lui aucun rêve. Mais tant de souvenirs….

Finalement, après sa journée, L. décida de retourner sur les Territoires. Il y était bien car seul. Même s'ils ne sont pas ce qu'il y a de plus gai parfois, ils sont toujours là pour l'acccueillir le protéger et, à leur étrange manière....

C'est ainsi qu'il s'endormit non pas dans sa tour habituelle mais dans un bois, au sommet d'une colline.

Il y a là bas un arbre plusieurs fois centenaire qui qui est si grand et élancé que l'on raconte parfois que s'il tente de toucher le ciel, c'est qu'avant d'être un arbre il était quelqu'un d'autre et que sa vie fut une longue et confuse histoire. On sait aussi que les habitants autour de la colline, s'ils sont très gentils n'ont pas toujours toute leur tête..



Néanmoins, cet arbre était accueillant, et il semblait appeler L. Ses branches noueuses formaient des bras qui avaiient plaisir à offrir un abri pour une nuit ou pour une chaude nuit d'été.

Là, entre ciel et terre, entre rêve et réalité, bercé par les étoiles...

lundi 28 avril 2003

De retour ici.

L. a entrevu la lumière, le ciel se déchirant furtivement au-dessus de lui. Il était d'humeur légère et la journée était de celle où l'on pense qu'elle va durer une semaine tant l'on souhaite que le temps se ralentisse pour pouvoir en savourer chaque seconde..

Il errait dans la bibliothèque perdue dans sa tour, contemplant films et livres, en ouvrant un pour mieux le poser après, tenté qu'il était par autre chose.

Après ces quelques badinages, il regarda à travers le miroir. Celui qui donnait sur le monde d'Ailleurs, sur le vrai monde comme d'autres l'appelaient.

Tant de choses se passent et si peu peuvent être contrôlées...Mais aujourd'hui, le Dehors lui parlait, il avait envie d'aller à sa rencontre et de profiter de ce qu'il pourrait lui amener...

Il passa alors à travers le miroir...






samedi 26 avril 2003

There was a boy

A very strange, enchanted boy

They say he wandered very far

Very far, over land and sea

A little shy and sad of eye

But very wise was he



And then one day,

One magic day he passed my way

While we spoke of many things

Fools and Kings

This he said to me…



The greatest thing you’ll ever learn

Is just to love and be loved in return







N'est-ce pas?
C'est cette pensée qu'il eut alors qu'il marchait dans ce jardin à l'abandon, où les statues penchées semblaient implorer le ciel. Il passa à côté d'un voyage sur une île, d'une soirée à refaire du papier peint, d'un matin à paresser au lit...Il regardait autant de souvenirs faussement insignifiants qui mis bouts à bouts formaient une grande histoire."Nul homme ne peut se baigner deux fois dans la même rivière car ce ne sera ni la même rivière ni le même homme".




Quand tout s'était effondré, il n'y eut que fracas et destruction. Pourtant, quelques mois après il était là, marchant avec nostalgie parmi ces souvenirs.

L. avait l'impression que ce n'était pas lui qui avait vécu cela. C'était un autre qui avait fui, le coeur et la volonté brisés mais c'était lui qui revenait, plus serein et plus heureux.



Ces ruines n'étaient pas les mêmes non plus. Il avait toujours refusé de retourner sur les lieux de ce tragique épisode car elles lui hurlaient son échec et son impuissance. Mais ce soir, sous cette belle lune opaline, marchant sur un océan d'herbe noire-bleue elles avaient un autre langage. Elles l'accueillaient de nouveau. Différemment, certes, mais avec autant d'émotions, le caressant de l'ivresse des bons moments.

Il s'assit alors sur une table basse qu'il avait tenter de monter et qui avait provoqué une dispute. Il y avait tant de vies de cela. Tant de rivières....

Il se sentait en paix.

Mais pourtant, au fond de lui, dans cette nuit calme et tranquille où le vent transportait l'odeur de la forêt, il savait qu'un bruit ne partirait pas, résonant à l'infini.

Le bruit d'un univers qui s'effondre...

vendredi 25 avril 2003

L. est donc revenu sur l'endroit où tout a commencé. Il marcahit dans la nuit et sans s'en rendre comptre, il était revenu sur les pas du désastre qui l'avait forcé à prendre la route.

Longtemps, il fixa les ruines de ce qu'il avait été, de ce qu'avait été une part de sa vie, effrayé.

Longtemps il ne bougea pas.

Puis il décida de marcher parmi elles. Il devait savoir....

lundi 21 avril 2003

Le voyage reprend, loin de toute porte m'emmenant vers les territoires...En attendant mon retour, voici la rediffusion d'une vieille histoire...



La clameur du public était désormais étouffée par la porte fermée. Joseph Domino contemplait son reflet dans le miroir de la loge. L'espace d'un instant il eut l'impression de voir un étranger qui le fixait avec sa perruque à la main, son maquillage outrancier qui avait coulé avec ses larmes. Il ressemblait maintenant à un clown triste, ce qu'il était au fond de lui, pensa-t-il.

C'était fini. Le légendaire interprète de "L'Inconnu" avait raccroché.

Il n'aurait plus de texte à dire.

Il ne serait plus quelqu'un d'autre.

Ses actions ne seraient plus guidées par une main qui avait tout pensé il y a maintenant un siècle.

Il serait lui-même.

Il pourrait agir à sa guise et ne pas connaître la "fin".

il serait libre, enfin.

Le monde s'ouvrait à lui après toutes ces années. Il se démaquillait frénétiquement, détruisant le masque d'illusions. Un sourire se dessinait sur son visage.

.....

La loge était vide maintenant, ils avaient tout retiré. Joseph, son manteau sur le dos, regarda une dernière fois chaque objet déformé par le noir formant un parterre de silhouettes silencieuses. Contemplant le passé qu'il abandonnait ce soir, il s'approcha du miroir.

C'était lui maintenant qu'il voyait. Il n'y avait plus de far, plus d'artifice.

Joseph avait remplacé "L'Inconnu". Il lui dit adieu en silence et sortit.

Devant la rue brillante de pluie et éclairée par les néons du théâtre, il contempla son nouveau monde et un frisson lui parcourut le dos.

Alors, lentement, il retourna vers la loge, ses pas absorbés par l'épaisse moquette.

Il se vit dans le miroir quand il plongea sa main dans le tiroir..

Il la prit presque religieusement dans ses mains et l'embrassa pour un ultime adieu.

Il allait la reposer quand finalement, il décida de l'emmener avec lui.

Pour être sur. Pour ne pas être seul.

Après tout, c'est elle qui avait régi toute sa vie, qui lui avait donné la gloire se dit-il.

Joseph Domino quitta alors le théatre à jamais.

Emmenant son âme avec lui.









A dans trois jours...D'autres posts sont disponibles ici
Il était de retour, après une éternité de séparation. Le temps avait passé, enfin.

Les minutes de douleurs étaient devenues des heures de déchirement puis des jours de dépression et enfin des mois de résignation.

Puis un beau jour, sans savoir pourquoi (ou tout simplement parce qu’il le voulait), il l’avait appelée. Sa voix n’avait pas changé. Il se rappela son sourire, sa gentillesse, qui l’avaient fui depuis si longtemps. Il s’étaient rencontrés dans la joie, quittés dans les larmes et ce soir ils se retrouvaient dans un mélange des deux.

La joie d’un bonheur retrouvé, la sérénité d’une page tournée. Les souvenirs les accompagnaient, bons ou mauvais ainsi que les joies et les regrets : ce qui avait été et ce qui aurait pu être…

Mais il y avait aussi la tristesse.
La tristesse d’avoir perdu quelque chose, un trésor qui s’est enfui au loin sans qu’aucun d’eux ne sache vraiment pourquoi…