vendredi 16 novembre 2007

Le vent sur l'eau


Quelle longue route sous cette belle lune. Derrière lui, alors qu'il regardait les collines, il sentait encore l'odeur du jour qui venait de s'enfuir pour se reposer un peu. Devant lui, la masse noire et tranquille de l'océan semblait danser avec le ciel. La lune paresseuse se reflétait sur l'eau troublée.
Il était là et attendait. Le navire devait venir et l'emmener au loin. Où précisément, il ne le savait pas mais c'était ce qui l'attirait.
Ce navire passait bien peu sur les côtes et il n'en avait appris l'existence que par le plus grand des hasards. Mais, avec son sac pour seul compagnon, il savait que la destination de ce navire valait ces heures d’attente.

Alors qu'il s'approchait d'une auberge chaleureuse, son pied avait heurté une masse claire. Il s était baissé et avait vu que c'était un message roulé et tenu par un lacet en cuir. Il avait cherché qui pouvait l'avoir laissé tomber mais après n'avoir vu âme qui vive, il avait décidé de lire son contenu. Qui était le destinataire de cette étrange missive, et plus important, qui l'avait écrite?

Elle était rédigée dans une langue que lui seul semblait pouvoir comprendre. Elle parlait de belles et riches terres lointaines, de découvertes fabuleuses écrites d'une plume enchanteresse.

Il avait lu et relu ce message, dans l'ombre de lune de cette auberge où tant étaient passés sans voir ce parchemin, cette carte au trésor que tant cherchaient mais que si peu trouvaient. Il parlait aussi de ce bateau qui pourrait l'emmener au-delà des mers, sur ces îles fabuleuses que chacun veut atteindre. Un homme était sorti et l’avait vu en train de lire. Il avait voulu cacher le message mais l’homme l’avait déjà remarqué. Il se mit à rire en lui disant que ce message était pour les sots. Personne ne pouvait comprendre ce qui y était écrit que seuls les poètes et les déments y voyaient quelque folie.

Il était plus poète que fou et avait souri à cet étrange homme qui venait de sortir de sa vie aussi vite qu’il en était rentré. Bien sur que ce message parlait de paradis perdus, bien sur que le voyage était risqué mais qu’était-ce qu’une traversée pour vivre ce que l’on a toujours voulu ? Et surtout, il comprenait chacun des mots, comme si ces mots l’avaient attendu pour vivre leur propre vie et danser dans son esprit.

Le cœur léger et pensant à ces terres, il s’en était allé, le message dans sa poche.

La nuit suivante, comme attiré par quelque idée, il était revenu près de cette auberge d’où sortaient des chants et des éclats de rire étouffés qui s’échappaient dans la nuit.

Il avait vu un nouveau message à terre. Cette fois-ci il n’avait pas réfléchi pas et l’avait lu d’une traite après s’être jeté dessus. Encore une fois, son esprit avait été transporté vers ces terres riches et luxuriantes, de nouveau ces récits de voyageur l’avaient rendu jaloux des oiseaux. Ivre de l’avoir lu trop vite, il avait recommencé au premier mot.

Il avait lu et relu l’histoire de ce navire. Grâce à lui, il allait pouvoir rejoindre ces terres, quitter ce qu’il avait et tout recommencer. Le navire passerait dans deux nuits sur ces côtes, si près et si loin à la fois. Deux nuits pendant lesquelles il avait rêvé à son nouveau monde à cette vie belle de promesses, vide de malheur et pleine de tant de joie.

Il tenait encore le second message à la main quand la lune commença sa lente course dans l’océan. Il fixait l’horizon noir et ces yeux voyaient mille formes que son imagination inventait sur cet océan.

Le froid s’emparait de lui alors que les vagues impassibles de régularité ne lui amenaient rien, emportant à chaque reflux ses illusions et rêves d’horizon lointain. Qu’étaient donc ces mots perfides ? Qui les avait écrits et quel poison lui avait fait croire en eux. Jamais un navire ne viendrait, jamais LE navire ne jetterait l’ancre pour lui. Etait-il foi ou poète ? il ne savait plus.

Dans le ciel un oiseau de nuit, comme dérangé par sa présence se mit à crier. Il se sourit à lui-même et regarda naïvement les deux parchemins. Son sourire se figea.

Il avait voyagé. Il avait été dans ces pays par la force de ses mots. L’espace d’une lecture il avait cru. Il avait cru en eux, il avait cru que tout était possible.

Il frissonna. La nuit était froide et immense et le navire ne passerait pas. Il fit demi-tour et jeta les deux parchemins dans un fossé. Puis, presque aussitôt, il se ravisa et les reprit. Ces mots n’étaient que mensonge mais ils ne blesseraient que celui qui les croirait trop. Il avait voyagé et c’était là l’important. Et s’il avait mal, c’était de n’être pas parti. Mais d’autres navires viendraient et il quitterait ce Pays car en plus d’être fou et poète, il était aussi voyageur.

Il roula précieusement les deux messages avec un lacet de cuir et posa le premier devant la porte de l’auberge. Il attendit un peu dans l’ombre et vit un passant s’arrêter, se baisser et après avoir regardé qui pouvait l’avoir laissé tomber. Après ne pas avoir vu âme qui vive, il commença à le lire, captivé par ces mots faits de bonheur.

Demain, il déposerait le second.

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